LES QUESTIONS
Stéphane Ollivier : Comment est né ce projet?
Franck Vaillant : Alors que je donnais mon premier concert avec LO'JO au Womad Festival de Peter Gabriel, en 2005, j'ai assisté à la prestation de la troupe Coréenne Dulsori. C'est là que m'est apparue Soo-bin Park, comme une héroïne de manga - un petit bout de femme virevoltant, bourré d'énergie, chantant, scandant, haranguant le public, et jouant de toute sorte de percussions avec une joie et une passion absolument communicative. Ce soir-là, j'ai fait la connaissance du directeur de la troupe et on a décidé de travailler ensemble. Finalement Soo-bin et Dulsori se sont séparés et j'ai poursuivi l'aventure avec Soo-bin seule.
SO : Comment avez-vous conçu l'orchestration et l'intégration à votre univers des techniques de chant traditionnel coréen ?
FV : Lorsque je compose, je pioche dans un cahier des charges où sont répertoriées toutes sorte d'idées : des phrases de maîtres, des formes, des répliques de scène de films, des suites d'accords ... Puis je prends ma guitare, mon premier instrument, et les notes s'ordonnent souvent naturellement - je n'aime pas forcer un morceau, lorsqu'il ne se finit pas naturellement, je l'abandonne. Dans la plupart des morceaux de Magnetic Benzine, il y a, caché ou pas, des rythmes issus du Samul nori (un chant folklorique traditionnel coréen scandé de percussions) ou des séquences rythmiques que j'ai relevées lorsque Soo-bin conte le Pansori (forme opératique mi chanté, mi déclamé remontant au 18e siècle). Je me suis inspiré de ça pour écrire et arranger les parties de chacun des musiciens de l'orchestre. Puis j'ai midifié des passages que j'ai mailé à Soo-bin (qui réside à Séoul) pour qu'elle trouve sa voix. Ensuite ont été greffés quelques passages que l'on a trouvés ensemble les jours précédant l'enregistrement et enfin des séquences improvisées qu'Edouard Ferlet le producteur nous à fait réaliser à brûle pourpoint et qui finalement ont très bien trouvé leur place dans l'ensemble.
LE VERDICT
SO : Batteur majeur de la jeune scène parisienne, Franck Vaillant s'est aussi révélé ces dernières années un compositeur inspiré frayant avec bonheur aux confins de la musique électronique, du domaine contemporain, du rock et d'un jazz sophistiqué marqué par les conceptions métriques du mouvement M'Base. En intégrant à son univers de façon extraordinairement organique les techniques de chant de la Coréenne Soo-bin Park, Vaillant réussit le tour de force de déterritorialiser sa poétique sans jamais pour autant perdre le contrôle formel de l'ensemble. Transposée dans cet univers ultra contemporain pulsé de grooves abstraits d'où s'élève le chant lyrique et onirique du saxophone de Guillaume Orti, la voix grave de la jeune chanteuse, savamment modulée du guttural à la voix de tête en un phrasé expressionniste et théâtral, évoque tour à tour l'énergie adolescente du punk et la sophistication instantanée de certaines vocalistes free. Mystérieuse, sensuelle et bourrée d'énergie, cette musique est passionnante d'un bout à l'autre.
Stéphane Ollivier
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