Jacques Denis
Jazzman, n° 100, mars 2004
Le trompettiste Serge Adam, le guitariste Gilles Coronado et le pianiste Marc Chalosse, le vidéaste Éric Vernhes et Djengo Hartlap à la « spatialisation » continuent d’explorer le champ des possibles, entre électronique et improvisation, toujours avec cette volonté de créer un matériau inédit et aléatoire, un espace de jeu renouvelé. Ils n’en sont plus à leur coup d'essai en la matière : on se souvient encore de leur Haute Fréquence 4.1, “composition collective instantanée et interactive”, dont ils reprennent d'ailleurs les termes en guise d'introduction de ce nouvel objet sonore aux multiples dimensions. Ils élaborent avec ténacité un atelier de création à partir de rendez-vous réguliers et d'expérimentations. Dès lors, il était plus que naturel que le pianiste Benoît Delbecq, ici crédité aux samplers et bass & drum station, rejoigne ces électrons libres. Ensemble, ils organisent les sons numérisés autour de fragments mélodiques et de rythmiques délétères, produisant une œuvre tout à fait originale, de mieux en mieux sensuelle et des plus actuelles, même si elle n'est pas sans rappeler le grand Miles électrique, en plus épuré, les meilleurs ovnis de Jon Hassell… De ceux-là, ils ont gardé en tête le sens de la formule instable et jamais définitive : plus que des réponses posées en vérités fixées, ils formulent des questions ouvertes, ils interrogent plus qu'ils n'affirment. Mais après tout, n'est-ce pas la vocation du jazz ? Mettre en mouvement permanent des sentiments partagés.
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